ALIENOR D'AQUITAINE - UNE GASCONNE CHEZ LES ANGLAIS


En cette année 2004 au cours de laquelle doit être célébré le 800ème anniversaire de la mort D’ALIENOR D’AQUITAINE, il nous a paru intéressant d’extraire ce résumé de sa vie trouvé sur le site internet : http://www.landescotedargent.com/

" C’est à Belin, à quelques kilomètres du Bassin d’Arcachon, que LEONORA naquit vers 1122. Elle passa son enfance au milieu des paysans du pays bélinois, parlant patois, marchant sur des échasses, montant à cheval. De tempérament fougueux comme son père GUILLAUME, elle garda de celui-ci l’allure fière, l’air hautain le tout tempéré par une grande bonté. Dotée d’une grande intelligence elle manifestait un goût prononcé pour action.
Le dimanche 8 août 1137, elle fut mariée à LOUIS, Dauphin de France, en la cathédrale de Bordeaux.
L’archevêque GEOFFROY DE LEROUX fit son discours en latin, et le menu du festin qui s’ensuivit mérite que l’on s’y arrête :
Apéritif : hippocras à l’ambre
Huîtres du Médoc
Aloses de Bordeaux
Esturgeons de Blaye
(les uns et les autres farcis de sardines et de langues de baleines, partie la plus prisée du cétacé)
Boudins de sang et Boudins de foie
Andouilles de mouton
Jambons basques
Cochon de lait rôti sur lit de châtaignes et truffes
Pâtés en croûte avec oiseaux vivants à l’intérieur
Vins.

Les convives ne mangèrent pas avec leurs mains, mais au moyen de couteaux et de cuillères, les fourchettes étant un ustensile encore inconnu.
Le lendemain, devant 15.000 spectateurs, eut lieu une course taurine à Bordeaux au PALAIS GALLIEN dont les vestiges sont encore visibles de nos jours.
Les festivités terminées, elle gagna Paris et vécut au Louvre, où sa personnalité apporta, paraît-il, un peu de soleil de Gascogne dans une Cour assez maussade.
Avec le roi elle fit la deuxième croisade, importante expédition menée par une armée européenne. Elle était accompagnée par ARNAUD DE BLANQUEFORT et GUARINI, l’évêque de Bazas.
Passant à l’aller par Metz, Ratisbonne, le Danube, Belgrade et Constantinople, elle allait à cheval et couchait sous la tente. Le retour eut lieu par la mer. Sa beauté attira les jeunes barons palestiniens qui lui firent une cour assidue, mais aussi son oncle, RAYMOND DE POITIERS, seigneur d’Antioche (une des plus grandes villes du monde avec ses 171 églises et ses 400 tours) qui fit à ALIENOR les honneurs de son palais et la couvrit tant et si bien de ses hommages, que le roi prit très mal ces libéralités.
A son retour, le roi, auquel elle avait donné deux filles mais pas de garçon, demanda le divorce à Rome et l’obtint pour raison de parenté au 12ème degré.
Le 18 mai 1152, ALIENOR épouse Henri PLANTAGENET, né au Mans, duc de Normandie, comte d'Anjou et prince héritier de la couronne d'Angleterre.
Ils seront couronnés en décembre 1154. Henri PLANTAGENET prendra le nom d'HENRI II d'Angleterre, ALIENOR apportant en dot son duché de France.
La Gascogne, la Guyenne, les Landes, ainsi que l’ouest de la France, soit vingt de nos actuels départements, devinrent provinces vassales du roi d’Angleterre.
Pendant 300 ans, de 1154 à 1453, les habitants du sud-ouest, loyaux, luttèrent avec le roi d’Angleterre contre le roi de France qui aurait bien voulu s’emparer de ces terres allant de la Normandie aux Pyrénées.
Suivirent dix années de bonheur et de fastes pour ALIENOR qui mettra au monde cinq garçons et trois filles.
Le premier sera RICHARD COEUR DE LION (1157), troubadour occitan de son état, né à Belin selon l’historien Camille JULLIAN, et le dernier : JEAN SANS TERRE (1166).
Pour prendre en main les affaires de ce grand royaume, ALIENOR n’avait de cesse de voyager entre les deux pays. Elle chassait souvent dans les forêts poitevines montée sur son cheval BELAMOR, mais comme elle était souvent absente, la belle ROSAMONDE en profita pour devenir la maîtresse du roi. Ce fut la séparation de corps avec HENRI II. ALIENOR se retira alors à Poitiers et décida de favoriser ses enfants en menant une politique hostile à son époux. Autour d'elle la cour était joyeuse, les troubadours y chantaient, les chevaliers se mesuraient dans des tournois.
Soutenant ses fils qui s’étaient révoltés contre leur père, elle fut emprisonnée à Chinon et enfermée dans la tour de Salisbury pendant 14 ans. On suppose que c’est par vengeance car la rumeur la soupçonne d’avoir tué de sa main ROSAMONDE, la maîtresse d’HENRI II.
A la mort du roi HENRI II, le 6 Juillet 1189, ALIENOR s'empressa de faire couronner son fils aîné RICHARD 1ER, à Westminster le 3 septembre 1189. Elle l’accompagna lors de la troisième croisade jusqu’en Italie. RICHARD, ayant été capturé en Autriche sur le chemin du retour, ALIENOR réussit à rassembler une rançon de 150.000 écus qu'elle apportera elle-même à Mayence à HENRI VI, fils de BARBEROUSSE. Après quelques victoires contre PHILIPPE-AUGUSTE, RICHARD, blessé, meurt à Chalus dans le Limousin en 1199, son frère JEAN SANS TERRE lui succédera.
Entre temps, ALIENOR gouverna ses états d’une façon magistrale. Bordeaux fut modifié et agrandi par ses soins. Elle maintint l’ordre avec fermeté, en rasant les châteaux des seigneurs pillards. Son action politique fut très novatrice. Elle octroya des chartes à la plupart des villes, instituant de la sorte des libertés civiques et un régime électif, alors que les villes du roi de France en était privées. Aujourd’hui cela se nommerait : décentralisation…
Elle tint régulièrement des Cours qui furent les ancêtres de nos parlements, et agissant en véritable mécène, elle s’entoura de troubadours tels que BERTRAND DE BORN, du château d’HAUTEFORT en Périgord, et protégea les musiciens.
Elle fit bâtir des centaines de châteaux, d’églises, comme celles de Soulac, de Saint Emilion, et de Saint Macaire en Gironde, et celles de Roquefort, d’Aillas, et d’Hagetmau pour les Landes.
On lui doit aussi certains clochers comme celui de Gaillan, et la crypte d’Hagetmau. Autre fait, elle codifia les usages maritimes sous le nom de Rôles d’Oléron, le premier code maritime international. Elle fit également parvenir des femmes à de nombreux emplois, et contribuait ainsi à leur émancipation.
Si les femmes ont le droit de porter la couronne en Angleterre, elles le doivent sans doute à l’influence de leur ancêtre gasconne.
Parmi les chartes octroyées, voici, pour le plaisir, celle de Belin, son village natal, écrite partie en français et partie en gascon :
" Aliénor, par la grâce de Dieu, regina Dangleterre, duchesse de Guiana et de Normandie, à la supplicaon et requesta deus habitans et estatiants (estatjantz) de Belin et de tota la jurisdiction daquera. Aven donat et autreyat et confirmat lo leur privilège que nostre prédécesseurs an accoustuman de donnar et confirmar ; c’est assavoir : que les dicts habitans et estatiants deu loc et jurisdiction de belin sont francz et libéraux de totas questas, tailhas, manobres, de totas servitutz et subside ne a aucune exception nuguna (sen deguna exception d’origine). Et aussi los autreyons et voulons dorsenavant que sian perpetuaulement per tot temps franqz et libéraux, cum a franqz et libéraux (apparten).
Et aussi los autreyons et voulons dorsenavant que sian perpetuaulement per tot temps franqz et libéraux, cum a franqz et libéraux (apparten). Et aussi le volons qu’il soit feyt et autreyat et los autreyons et los autreyons par ces présentes donnons et octroyons payant au rey ou à sous que ledict château et seigneurie tiendra et gouvernera pour le roi nostre sire … "
En voici la traduction :
" Aliénor, par la grâce de Dieu, reine d’Angleterre, duchesse de Guyenne, vu la supplique et requête des habitants du lieu et de toute la juridiction de Belin , avons donné, octroyé et confirmé en leur faveur les privilèges que nos prédécesseurs leur ont, plusieurs fois déjà, donés et confirmés ; c’est à savoir : que les dits habitants sont exempts et déchargés de toutes taxes, tailles, corvées, de toutes subsides et servitudes, sans aucune exception quelle qu’en soit l’origine. Nous voulons donc, et nous leur octroyons que dorénavant ils jouissent à perpétuité, en tout temps, des franchises et libertés propres aux hommes libres. Et de plus, voulant qu’il en soit ainsi fait et octroyé, nous leur donnons et octroyons ces franchises à condition qu’ils paient au roi ou à celui qui possédera et gouvernera lesdits château et seigneurie, pour le roi notre sire… "
Le texte s’arrête là. L’original doit se trouver à Londres avec les archives gasconnes. Les Bélinois bénéficièrent longtemps des exemptions fiscales octroyées par leur bienfaitrice et les rois de France respectèrent ces volontés ; mais la Révolution a prescrit ces privilèges. Quel dommage, l’Aquitaine aurait pu être un paradis fiscal !
Enfin, au soir de sa vie mais n’ayant rien perdu de son énergie, elle entreprit, dans la froideur du mois de janvier 1200, le long voyage de Madrid pour aller demander la main d’une petite princesse de quinze ans qui deviendra la reine BLANCHE DE CASTILLE.
Le 31 mars 1204, ALIENOR, la reine des troubadours s’éteint dans l'abbaye de Fontevrault où elle s'était retirée.
Epouse de deux grands rois, ayant eu dix enfants dont cinq rois ou reines, grand mère d’un empereur d’Allemagne, OTHON DE BRUNSWICK, elle forma avec HENRI II PLANTAGENET (prince français) le couple royal qui, régnant de l’Ecosse jusqu’à Bayonne fut le plus puissant que l’Angleterre ait connu. Sa dynastie se perpétua à Londres jusqu’en 1485. La reine ALIENOR, associait la chaleur et l’enthousiasme gascons au flegme britannique. Dotée d’une prescience politique, n’est-il pas étonnant qu’elle ait couché sur le papier des droits consacrés sept siècles plus tard par la déclaration des droits de l’homme ? Son charisme politique aurait même inspiré la Grande Charte de 1215, mère anglaise de toutes les constitutions politiques du monde .
ALIENOR D’AQUITAINE, une femme de Gascogne qui reste et restera toujours une des plus grandes figures de notre histoire.

 

 
   
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