Secours Mutuel


Secours Mutuel


La solidarité ouvrière prit, avec la Révolution de 1789, la forme des sociétés de secours et de mutuelles dont la plus connue - mais non la seule - est la "société typographique" parisienne, fondée en 1790, dont les 47 articles des statuts avaient organisé minutieusement les obligations des adhérents, les prestations versées en cas de maladie ou de vieillesse, le déroulement des réunions hebdomadaires de la société et le rôle des administrateurs élus. Il ne faut pas croire que les métiers liés à l'imprimerie soient les seuls concernés par ce mouvement de sociétés d'entraide. Sous l'Empire, s'était formée une "société de bienfaisance et de secours mutuels" à Lyon, en 1804, puis à Paris en 1808, constituée d'ouvriers chapeliers, qui, sur la base d'une cotisation mensuelle, versait un secours substantiel en cas de maladie et une aide régulière aux vieillards. Il y eut ainsi une multitude de groupes locaux souvent limités à une seule corporation, voire un seul métier, mais qui jetaient les bases d'une solidarité efficace entre les membres d'une même classe, rompant explicitement avec les traditions chrétiennes de charité, et qui, peu à peu, cherchaient à se fédérer, à s'unir, à s'étendre. L'ouvrier rédacteur du préambule au règlement de "la société des ouvriers gantiers de Grenoble" dans les années 1820, en pleine Restauration royaliste, définissait en ces termes la solidarité ouvrière (la citation est longue, mais elle est d'une telle actualité et elle est tellement claire qu'on pardonnera cet excès): "On n'a jamais bien compris le but de cette institution, que l'on a trop souvent assimilée aux bureaux de charité; pourtant, quelle différence! Ceux-ci sont composés, il est vrai, de personnes bienfaisantes et par conséquent vertueuses, mais réunies dans le seul but de déverser l'aumône dans les mains de l'indigence: les membres qui les composent sont tous bienfaiteurs, la pitié est le sentiment qui les fait agir,chez nous, au contraire, les secours que la société accorde sont des droits acquis, tous les sociétaires peuvent être à la fois obligeants et obligés; c'est une famille qui réunit en commun le fruit de ses labeurs pour pouvoir s'entraider mutuellement, ce sont des frères qui tendent les bras à leurs frères. Pas de pitié dans leur empressement, pas de honte pour celui qui reçoit, quelle que soit la différence des positions; tous sentent que la fortune est inconstante; celui qui ne reçoit pas aujourd'hui peut recevoir demain. Les droits sont tous égaux, nulle autre différence que celle des malheurs; celui qui se trouve favorisé par la fortune peut s'en voir abandonné; alors, ses droits sont indiscutables et ce qu'il a fait pour ses frères doit être fait pour lui. N'est-ce pas là plutôt une société de prévoyance, et n'est-ce pas injuste en ne voulant la considérer que comme une oeuvre de charité, toujours humiliante pour celui qui est obligé de recevoir les secours qui lui sont nécessaires? Chez nous, le reproche est un crime, la divulgation une faute sévèrement punie; Pourquoi? Parce que celui qui reçoit ne reçoit rien de personne, c'est sa propriété qu'on lui remet, c'est son bien qu'il dépense, il ne doit aucun remerciement, le contrat est réciproque." Ainsi donc, en France, les confréries, les corporations puis les compagnonnages sont à l'origine des sociétés de secours mutuel apparues dans quelques villes à la fin de l'Ancien Régime. Quelques dates importantes : 1821 - Naissance de la première union départementale mutualiste avec la création du grand conseil des sociétés de secours mutuel des Bouches-du-Rhône. 1850 - Le 15 juillet, la loi sur les sociétés de secours, tout en maintenant la liberté d'association, rend possible une forme de contrôle par l'Etat grâce à la " reconnaissance d'utilité publique". 1852 - Napoléon III soumet les sociétés de secours mutuel au régime d'autorisation en distinguant trois catégories : Les sociétés autorisées sont reconnues d'utilité publique, placées sous tutelle et réglementées. Les sociétés approuvées ont des statuts soumis au préfet, des effectifs limités et un président nommé par l'Empereur lui-même ou le préfet du département. Elles ont des avantages fiscaux et financiers. Les sociétés libres, en nombre restreint et dépourvues de capacité juridique, ne peuvent recevoir de subventions. La mutualité impériale repose non pas sur une base professionnelle mais territoriale : les communes apportent un soutien matériel. Fin 1852, on comptait moins de 2 500 sociétés de secours mutuel, pour à peine 250 000 membres. En fait Napoléon III veut aider les " classes souffrantes ", il encourage donc les Sociétés qui ne sont pas inspirées par des idées socialistes…. Les classes laborieuses, les ouvriers surtout se sont opposés au coup d'Etat du 2 décembre 1851 ; il faut donc les surveiller de près…. Qu'en est-il à Eysines et par conséquent au village du Haillan ? En 1831, la Sociétés des amis de la Sagesse en l'honneur de notre Dame d'Août est créée par le maire Jeantet aîné. En 1852, une lettre anonyme adressée apprend au Préfet qu'une minorité de membres de la Société s'occupe de politique, vraisemblablement dans l'opposition républicaine. Le 17 octobre 1858, Yves Piet est réélu Président de la Société par 40 voix seulement contre 39 ! . Il déclare : " j'ai proclamé la Société sous le patronage de sa Majesté l'Empereur Napoléon III ". Elle va donc pouvoir bénéficier des subventions de l'Etat mais on est loin de l'unanimité. L'année suivante, en 1859, le Maire d'Eysines Louis Petit, par courrier au Préfet, sollicite pour Yves Piet, Président de la Société, une médaille d'honneur. " En 1931, le sieur Piet Yves a fondé à Eysines la première Société de Bieznfaisance dite des Amis de la Sagesse et depuis, il n'a cessé de la diriger. En 1832, le choléra qui sévit si cruellement à Eysines, fit plusieurs victimes parmi les membres de la Société… Le sieur Piet prodigua nuit et jour ses soins aux malades et encouragea ses co-sociétaires à l'imiter. En 1834, il conseilla aux communes voisines de fermer des Sociétés de Bienfaisance et ses conseils furent suivis. En 1835, pendant les grands froids du rigoureux hiver de cette année, il distribua 125 kilos de pain aux sociétaires indigents, du bois aux malades. En 1848, les travaux de tous genres ayant été suspendus, par suite des évènements(la révolution de février et la proclamation de la deuxième république), il a distribué un kilogramme de pain par jour aux sociétaires sans travail et dans le besoin. En 1854, l'hiver ayant été long et rigoureux, et une neige abondante ayant fait cesser l'ouvrage, il a fait distribuer 188 Kg de pain aux sociétaires indigents et leur a fourni des vêtements. En 1857, la subvention d'un franc cinquante centimes, allouée par le règlement chaque jour aux sociétaires malades, n'ayant pas suffi, il a fait voter une somme de 122 frs pour leur procurer du vin et de la viande. Il a exposé à la Société tous les avantages qu'il y aurait pour elle, d'être placées sous le patronage du gouvernement et il est parvenu à avoir l'assentiment de tous ses sociétaires. Le 5 septembre 1858, il a déclaré qu'à partir de ce jour, la Société des Amis de la Sagesse d'Eysines était placée sous le patronage du gouvernement….. C'est à ces titres nombreux que je sollicite de votre bienveillance, la médaille d'honneur pour le sieur Piet Yves". J'ai l'honneur…………….. Le Maire D'Eysines Louis Petit. Le document ne manque pas d'intérêt car il évoque les villages d'Eysines rebaptisés en l'an II de la République : Le Bourg est devenu la Montagne, Lescombe a été remplacé par l'Union, Le Vigean s'est appelé la Sagesse et la Forêt Le Marat… Y aurait-il un lien entre ces nouveaux noms et ceux des Sociétés ? car : La Société de secours mutuel de la Sagesse en l'honneur de la Pentecôte a été créée en 1833 La Société des Amis de l'union en l'honneur de la fête Dieu et de la Saint Marin en 1846 par Etienne Bert et la Société des Amis de la Sagesse du Haillan en l'honneur de Saint Marc et Sainte Christine en 1856 par Paul Cursol.

 
   
Tous droits réservés - Copyright 2001-2004 © Le Haillan Généalogie Histoire