JAROUSSE DE SILLAC



Une modeste allée de notre commune porte son nom, et c’est pourtant grâce à lui et à son épouse (voir notre numéro N°28) que tous les sportifs du Haillan ont la possibilité de s’exprimer dans leur discipline favorite.
Mais qui était donc JAROUSSE DE SILLAC ?
Dans leur ouvrage « Le Haillan Château Bel-Air » Yvette LECHENNE et Pierre DALBARADE nous indiquent qu’il avait épousé Magdeleine DUSSAC, héritière du château à la mort de son père.

Né le 31 octobre 1875, M. JAROUSSE DE SILLAC fit de brillantes études. Bac es-lettres et bac es-sciences à 16 ans, licencié en droit, il fut reçu à 18 ans 8ème au concours de l’institut agronomique, et, tout en suivant les cours de la licence en philosophie, il décida, après 2 ans de travaux qui lui permettaient d’être admis aux « eaux et forêts », de compléter ses études par les sciences politiques.
En 1898 il fut admis en 4ème position au concours des affaires étrangères. Dès 1899, nommé attaché d’ambassade à LA HAYE, il participa, en collaboration avec Léon BOURGEOIS, aux conférences qui s’y déroulèrent et qui furent à l’origine de la « société des Nations » officialisée par le traité de VERSAILLES en 1920.
Chargé d’affaires à LA HAVANE en 1906, il fut rappelé à PARIS en 1907 au cabinet du ministre pour assurer la préparation de la 2ème conférence de LA HAYE. Il en devint le secrétaire permanent et publia en 1912 un plan destiné à diminuer les chances de guerre.
Grâce à son action et à sa perspicacité, partisan d’un règlement amiable des conflits, il réussit à regrouper 28 états pour soutenir la cause de la FRANCE en 1914-1918.
En 1915, une circonstance fortuite se produisit, permettant à M. JAROUSSE DE SILLAC d’apporter à l’œuvre de la guerre, un concours direct dont l’influence allait être profonde : quelques étudiants américains des universités de HARVARD et de YALE, désireux de s’engager dans l’aviation, se virent opposer un refus du ministère, car, d’une part les places de pilote étaient peu nombreuses et très recherchées par les Français, et d’autre part les autorités craignaient d’introduire dans l’armée des éléments germano-américains douteux susceptibles de se livrer à l’espionnage.
Ayant compris l’immense parti que l’on pouvait tirer de leur initiative il furent reçus et écoutés par M. JAROUSSE DE SILLAC. Le 20 février 1915, dans une lettre il demande au ministère de revenir sur ce refus écrivant notamment « les ETATS-UNIS seraient fiers de voir que certains de leurs jeunes gens ont agi comme autrefois LAFAYETTE… Le sentiment d’enthousiasme qui en résulterait pourrait contribuer à tourner l’ Amérique dans le sens des alliés ». Le 24 février le ministère acceptait : le Corps d’Aviation LAFAYETTE était né.
D’après les statistiques officielles, les pilotes du corps d’aviation LAFAYETTE abattirent 199 avions ennemis. Georges CLEMENCEAU, ministre de la Guerre, créa une décoration spéciale pour ces pilotes qui « devançant l’élan de tout un peuple, sont venus prendre fraternellement dans les rangs français une belle part de périls et de gloire ». Cette aide, apportée par 267 aviateurs dont 19 furent blessés et 51 tués, fut considérable, car ceux-ci constituaient une grande partie de notre armée aérienne. Les prouesses de ce corps d’aviation eurent un important retentissement aux ETATS-UNIS auprès de l’opinion publique.
En 1916, chargé de mission aux ETATS-UNIS, il réussit, pour contrer la propagande allemande, à créer une société américaine d’informations, organe d’expression pro-allié qui contribua, avec le corps d’aviation LAFAYETTE, à décider le Président WILSON, d’abord neutre, à intervenir dans le conflit en avril 1917.
De nombreux témoignages attestent combien M. JAROUSSE DE SILLAC sut provoquer de sympathies pendant sa mission. « Il représentait aux yeux des Américains le type des Français à l’esprit généreux pour lesquels et avec lesquels ils allaient combattre … » (HALL ET NORDHOFF). Une lettre du Capitaine James Norman HALL du 21 décembre 1919 du corps d’aviation LAFAYETTE « Nous n’oublierons jamais que c’est à vous plus qu’à tout autre que nous devons le grand privilège d’avoir combattu pour la France avant même d’avoir combattu pour notre propre pays ».
De 1917 à 1919, il travailla activement pour la Société des Nations avec, comme préoccupation majeure: la sécurité de la FRANCE.
Conseiller d’ambassade en 1918, son attention fut attirée par le fait qu’à Paris il n’y avait aucune organisation susceptible de recevoir les personnalités étrangères qui séjournaient dans la capitale et que personne n’avait ni le temps ni le goût de s’en occuper. Pour éliminer cette fâcheuse impression, il créa, avec quelques amis, (dont le comte de BEAUMONT, André CITROEN, l’Amiral FOURNIER,…) « l’Union interalliée » présidée par le Maréchal FOCH.
Nommé à Tokyo en 1920, il refusa le poste du fait de la santé de sa femme et de sa fille. Il fut alors chargé, vu le succès de l’Union Interalliée, de créer un service officiel chargé d’accueillir les personnalités du monde entier, afin de nous ménager des amis partout où cela était possible .….
Ainsi donc, voici résumée une partie des activités du dernier propriétaire du Château Bel-Air. Il s’éteignit à Bordeaux le 7 Février 1956 dans l’hôtel de famille des Allées de Chartres.
Espérons que ceux qui, dorénavant, emprunteront l’allée qui porte son nom, cerneront l’importance du rôle joué par Jarousse de Sillac dans une période délicate pour notre pays.
Etant souvent absent de la région, et on le comprend, ce fut surtout son épouse qui participa à la vie haillannaise et administra le domaine avant la cession qui en fut faite par la suite ( LE HAILLAN CHATEAU BEL-AIR p.119).


 
   
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