LA MÂLE JORNADA


Nous sommes en 1450 vers la fin de la Guerre de Cent Ans. Les armées françaises se rapprochent de Bordeaux.
Les exploits de Jeanne d’Arc étaient jusque là peu connus en Aquitaine. Quand Dunois et Xaintrailles, anciens compagnons de Jeanne d’ Arc, rejoignent les troupes en Aquitaine, les Français reprennent espoir. Amanieu d’Albret, Sire d’Orval, s’empare de Bazas, contourne Bordeaux par l’Ouest, passe par le Barp, Martignas, St Médard en Jalles et vient s’installer à Cantinolle au pied de Blanquefort. Par le Nord le capitaine Ecossais surnommé « Robin Petit Loup » pose son armée à côté de celle du Sire d’Albret. Le but de la manœuvre consistait à isoler Bordeaux des renforts qu’elle aurait pu recevoir par le Médoc.
Gadifier Shartoise, Maire de Bordeaux et son adjoint, le jurat Thomas Gassiot, éventant le piège décident de les déloger. Voulant les prendre de vitesse, sans leur laisser le temps de s’installer, ils enrôlent tout ce qui peut porter arme et sortent de la ville par la porte St Seurin, tôt le matin et à marche forcée, pour surprendre l’ennemi.
de Cantinolle où les attendent les troupes du sire d’Orval. Cette « armée » Anglo- Bordelaise est lourdement chargée : une épée pèse entre 5 et 7 kilos, un bouclier une vingtaine, une hallebarde ou une hache de guerre environ 5, soit une charge de 30 à 40 kilos par homme ! !
Aussi sont-ils exténués lorsqu’ils rencontrent l’avant garde du Sire d’Orval. Croyant les avoir surpris ils provoquent une charge. Par ruse les français font mine de se replier et se retirent dans les marais.
Légèrement équipés ils peuvent s’en dégager très vite, tandis que les Bordelais les poursuivent pensant remporter une victoire facile ; lourdement chargés ils ont peine à avancer.
C’est alors qu’intervint Robin Petit Loup. Ayant placé ses archers sur les premières hauteurs de Blanquefort, il ordonna que l’on tire vers le ciel afin que les flèches pesant de 1 à 2 kilos chacune, retombent en une pluie meurtrière sur l’ennemi. Ce fut un véritable carnage, en moins d’une heure 960 bordelais y laisseront la vie, tandis que les blessés étaient ramenés avec de multiples difficultés vers la ville.
Cette déroute laissa des marques douloureuses dans le cœur des bordelais.
Dans le tome III de l’ « l’Histoire de Bordeaux sous les rois d’Angleterre » d’ Yves Renouard concernant la vie de l’Archevêque Pey Berland, ce passage relatif à cette bataille : « … les souffrances des hommes émouvaient son cœur. Lorsqu’il vit les cadavres ramenés du Haillan dans la ville sur des chariots, après le malheureux engagement contre le Sire d’ Orval, à la Toussaint de 1450, il éprouva tant de chagrin qi’il s’enferma deux jours dans son palais pour prier. »

CETTE TRISTE JOURNÉE FUT APPELÉE LA MÂLE JORNADA, LA MAUVAISE JOURNÉE.

 
   
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