LA GIRONDE


LA GIRONDE AU MILIEU DU XIXème SIECLE.

Avec 10000 km², la Gironde est le département le plus étendu de France devant 2 de ses voisins, les Landes (9243 km²) et la Dordogne (9060 km²).
C’est en 1790 qu’il fut créé et comprenait 7 districts : Bordeaux, Libourne, La Réole, Bazas, Cadillac, Blaye, Lesparre], son chef-lieu était Bordeaux et il portera le nom de Bec-d'Ambès de juin 1793 au 14 avril 1795.
En 1800 (17 février) furent créés les arrondissements : Bordeaux, Bazas, Blaye, Lesparre, Libourne, La Réole avec un nouveau découpage des cantons.
En 1926 (10 septembre) les arrondissements de Lesparre et La Réole furent supprimés et la sous-préfecture de Bazas déplacée à Langon.
Ce n’est qu’en 1942 (1er juin) que sera restauré l’arrondissement de Lesparre.
Extraites des archives du Service Historique des Armées, (Ref n°2 du SHAT : 1 M 1231 - Campagne de 1843 et 1844 par le Commandant Peytier ), les données que renferment ces mémoires proviennent en général des rapports adressés par le Préfet au Conseil Général et constituent un véritable tableau vivant des paysans de cette époque.
« Par arrondissement, la population était la suivante :
en 1841 en 1836
Blaye : 47.187 44.460
Libourne: 106.659 107.464
La Réole: 53.051 53.805
Bazas : 54.634 53.721
Bordeaux : 258.490 247.748
Lesparre : 38.013 37.611
La population n’ayant augmenté que de 1 pour 100 entre ces deux dates, ce résultat bien faible sera être attribué à la stagnation du commerce et au petit nombre d’industries existant dans le département.
D’après les données de l’armée, le recrutement de la population du département paraît s’améliorer au fur et à mesure que les bienfaits de la civilisation se répandent.
Le nombre des exemptions (1.060 en 1841) est en diminution, les maladies donnant lieu au plus grand nombre d’exemption sont, dans l’ordre :
- faiblesse de constitution,
- difformité,
- hernie,
- maladies de peau
- mauvaises dents.
La taille moyenne en 1841 était de 1m,65. La plupart des réformés pour défaut de taille venant du département des Landes.
L’arrondissement de La Réole, éloigné des marais est peuplé d’hommes vigoureux, bien musclés d’une taille avantageuse et bien prise. Leur teint est coloré et leur physionomie est vive et franche. Ils se nourrissent de pain et de froment. Le tempérament dominant y est le bilio-sanguin.
Dans l’arrondissement de Libourne, les habitants sont aussi bien constitués, ils se nourrissent de bons pains et de bonne eau. Mais le sol y est plus humide que dans l’arrondissement de La Reole, et le tempérament lymphatique y domine.
Dans les arrondissements de Blaye, Bazas et Bordeaux, la région d
Dans les Landes, l’homme est maigre, comme le sol qu’il habite, sa nature est petite et moindre encore chez la femme. Mais il a une grande force musculaire, le tempérament qui domine est le bilieux, la mauvaise alimentation, l’eau malsaine et la malpropreté en sont la cause.
L’habitant du pays appelé Entre-Deux-Mers est vif, pétillant, gai, jovial, spirituel, railleur, prompt à s’irriter aussi prompt à s’apaiser. Son excessive mobilité lui donne l'air de l’inconstance. Il aime l’indépendance, on lui reproche son peu de prévoyance, de la vanité, de l’exagération, de l’indifférence pour la science, mais on ne peut contester sa générosité et son courage.
Dans l’arrondissement de Bordeaux, les moeurs sont ceux du siècle, avec l’amour du luxe, du plaisir et de la paresse. L’arrondissement Blaye n’offre pas la vivacité gasconne de la banlieue de Bordeaux, le caractère des habitants se rapproche de celui de la Saintonge, lent et bonhomme.
Dans les Landes, les moeurs sont plus grossières, mais les landais du médoc forment une classe à part, il est industrieux et vaillant mais aussi vindicatif et rusé en affaire. Dans quelques villages de bas-Médoc, ils pillaient les navires naufragés.
Le cabaret, la chasse, la pêche, les cartes, la danse, le jeu de quille et du rampeau sont les loisirs de la classe agricole de ce département. Les habitants, surtout les landais, sont plus superstitieux que religieux. Ils croient aux revenants, aux sortilèges et aux devins. Parmi les usages, on remarquera le mat couronné de fleurs planté à la porte de la maîtresse d’un maire aimé et les charivaris donnés aux veufs qui se remarient.
L’usage des échasses dans les Landes tient à la nature du terrain, le sol y étant plat, couvert de bruyères, offrant des parties humides et marécageuses, des flaques d’eau, des chemins souvent remplis d’eau, le berger est obligé de s’élever sur des échasses afin de n’avoir pas les jambes piquées par la bruyère et de pouvoir traverser les parties humides et les flaques d’eau. Les habitants qui se rendent d’un village à l’autre doivent aussi monter sur des échasses. Même les gardeuses de troupeau en font un usage continuel. La hauteur des échasses varie de 2 à 5 pieds de hauteur, l’ordinaire est à 3 pieds. Les échasses de 5 pieds sont utilisées par les hommes qui taillent les pins pour obtenir la résine, les échasses sont incommodes dans les sables.
Dans la ville de Bordeaux, on parle le français avec cet accent gascon bien connu ; cependant dans la conversation familière et pour les besoins de la vie, la classe bourgeoise des villes parle le patois du peuple, un peu moins corrompu et avec un accent qui le rend plus intelligible. Ce patois est le gascon que l’on parle dans le département du Gers et autres départements voisins avec quelques légères modifications ; c’est l’un des nombreux dialectes de la langue d’oc modifié par le temps et par les fréquentes communications entre les provinces du nord et du midi. Ce patois est vif et figuré, il a de l’énergie, de l’originalité et quelquefois de la grâce. La classe éclairée des villes qui parle français a quelques expressions et tournures qui sont propres au pays. Ainsi ils prononcent le mot vent presque comme vin, on prononce aussi le « v » comme un « b » et réciproquement.
Sur le rapport de l’instruction publique, le département de la Gironde est arriéré, cependant la loi sur l’instruction primaire porte ses fruits et il y a progrès.
Le personnel des Instituteurs s’améliore grâce à l’Ecole Normale primaire qui est parfaitement dirigée.
En 1842, il y avait dans le département 366 écoles communales et il en restait encore 120 à établir. Le nombre de commune pourvues de maison école était de 80, il en restait 406 à établir avant 1844, denier délai accordé par le gouvernement, mais il faudra certainement un sursis pour les communes de la Gironde.
En 1839, on comptait dans le département de la Gironde, 1.181 écoles de toutes natures, communales ou privées, de garçons ou de filles, normales et asiles.
Il y a à Bordeaux une faculté de théologie, une de science et une de Belles Lettres.
Le collège Royal de Bordeaux compte 420 élèves, externes, internes et 15 professeurs. Le collège communal de Libourne compte 88 élèves externes ou internes ; celui de La Réole en compte 42. Il y a dans le département 4 institutions comptant ensemble 291 élèves, une à Bordeaux (21) , à Bazas et "Lalonde" (175), Sainte Foy (95). Le département compte 28 pensionnats de garçons ayant ensemble 611 élèves, il y en a 24 dans l’arrondissement de Bordeaux, 2 dans celui de Blaye, 2 dans celui de Libourne. Il y a 9 écoles gratuites dirigées par des frères de la doctrine chrétienne dont 6 à Bordeaux, 1 à Blaye, 1 à Libourne et 1 à Bazas. Les écoles normales sont gratuites ainsi que les 17 petites écoles tenues par des religieuses. Il existe à Bordeaux des cours municipaux de Géométrie et Mécanique, de chimie et d’agriculture et des écoles spéciales de navigation. Il y a des professeurs d’hydrographie à Bordeaux, Libourne et Blaye, une école navale de mousse et navire, une institution de sourds et muets, une école royale d’accouchement, une école secondaire de médecine et de chirurgie, une école gratuite de botanique, des écoles gratuites de dessins, peinture et sculpture, une école de théorie commerciale, une école de notariat et une école d’équitation.
La religion catholique est de beaucoup celle qui domine dans le département, les Protestants sont assez nombreux dans certains cantons, mais on n’en compte pas le chiffre. Ils ont 3 églises consistoriales à Bordeaux, Ste Foy et Gensac, ils ont 2 temples à Bordeaux, l’un rue du Hâ, l’autre rue Notre Dame aux Chartrons où se trouve le dépôt de la Société Biblique dont le but unique est de répandre la Sainte Ecriture parmi les Chrétiens protestants du pays.

On ne connaît pas non plus le nombre de juifs du département, ils ont un consistoire établi à Bdeaux par décret du 13 avril 1809, il est composé d’un grand rabbin et de 6 laïcs.
Edifices modernes remarquables : -St Bruno – St Paul – St Louis – La synagogue qui date de 1810 et est particulièrement remarquable)
Il existe à Blaye un hôpital qui sert aussi pour les militaires, 1 à Bourg, 1 à Libourne, 1 à Ste Foy, 1 à La Réole, 1 à St Roch de Monségur, 1 à St Macaire, 1 à Bazas, 1 à Langon.
L’arrondissement de Bordeaux compte 7 hôpitaux ou hospices dont 1 à Cadillac et 6 à Bordeaux : - St André – 710 lits
- L’hospice des incurables – 109 lits
- L’hospice des vieillards (ancienne abbaye Ste Croix) – 195 lits
- L’hospice de la maternité – 35 lits
- L’hospice des aliénés – 135 lits
- L’hospice des enfants – 420 lits.
Les maisons des villes et particulièrement de Bordeaux sont élégantes et d’une construction bien entendue, les maisons de maître des campagnes dans les grandes propriétés sont aussi bien construites. Dans la partie moderne de la ville de Bordeaux, les maisons sont en général peu élevées, beaucoup n’ont qu’un seul étage aussi la ville est elle étendue relativement à sa population.
Celle des fermiers, des colons sont mal construites ; basses et malsaines, elles se composent d’un petit logement de deux chambres, d’une grange et d’un parc pour le bétail.
Dans les Landes où il n’existe pas de carrières, les maisons sont en général construites en pisé, quelques-unes avec l’alios, croûte ferrugineuse qui recouvre une partie du sol des Landes Dans le reste du département où les carrières abondent, les maisons sont construites en pierres et beaucoup en pierres de tailles. Les couvertures sont en général en tuiles creuses, en chaumes dans les Landes.
Le pays ne compte pas de carrières de marbre et ceux employés à Bordeaux viennent de Pyrénées, mais le département renferme un assez grand nombre de carrières de pierres de taille.
Un grand nombre de localités renferment un argile propre à la fabrication des tuiles et des poteries.

Dans tous le département, les Landes exceptées, les calcaires sont exploités pour la fabrication de la chaux, ils donnent une chaux grosse et de moyenne qualité.
Le bois de construction le plus employé dans les villas sont les sapins du nord, et au plancher le pin du pays et le chêne qui se fait rare. La quincaillerie et la serrurerie sont importées.
A l’exception de la vigne on peut dire que l’agriculture est arriérée dans ce département, la méthode des assolements est peu suivie et basée plutôt sur un usage que sur la science agricole . Les baux à terme n’étant pas en usage dans le département, les terres qui ne sont pas exploitées par leur propriétaire le sont par les colons partiaires qui n’ont d’engagement que pour un an et par conséquent ne peuvent songer à aucune amélioration. Les marais de l’arrondissement de Blaye et de Lesparre sont les seules terres qui soient affermées.
Les encouragements donnés à l’agriculture par le gouvernement lui font sans doute faire quelques progrès, mais la culture par des colons engagés pour une seule année retardera beaucoup les grandes améliorations.
A l’exception des marais, toutes les terres du département ont besoin d’être fumées, les plus fertiles tous les deux ans, le plus grand nombre tous les ans. Le fumier se fait avec de l’ajonc, de la bruyère, de la fougère, de la bauge et du crottin de cheval et d’autres bestiaux. Le « noir » animal et la poudrette sont aussi usités. On laboure en général avec des bœufs, mais il y a aussi un certain nombre de chevaux employés au labour. Le froment est cultivé dans tous le département, excepté dans les Landes. Le seigle l’est principalement dans les Landes. Le maïs est cultivé dans quelques bonnes terres pour le grain et pour le fourrage. Le millet est cultivé surtout dans les Landes.
On a introduit quelques nouvelles cultures telle que des Pastels, de la garance, de la patate, des pastèques, du chanvre du Piémont et du colza. On estime que dans le département 12.000 familles, environ, sont propriétaires de vignobles et que le nombre de famille de vigneron est de 6 à 7.000. (détail de la production et du commerce arrondissement par arrondissement).
Les bois et forêts du département de la Gironde occupent une superficie de 106.709 hectares et par suite de nombreux semis de pin qui se font chaque année dans les Landes et dans les dunes, la superficie boisée du département va en augmentant. Déjà les Landes sont beaucoup plus boisées qu’il y a 50 ans. Les semis de pins sont le seul moyen d’obtenir, dans les Landes, un assez bon revenu sans frais considérable de culture ; mais il faut se résoudre à attendre 7 à 8 ans sans revenus.
La partie du département qui est sur la rive gauche de la Garonne qui comprend les Landes est la plus boisée ; l’essence dominante est le pin maritime, notamment celle de La Teste. On trouve aussi le chêne noir, le chêne blanc, le frêne et l’érable, le charme, le saule, l’accacia, le peuplier et l’ormeau.
Sur la rive droite de la Garonne, l’essence qui domine est le chêne blanc, viennent ensuite l’ormeau et le peuplier.
Il existe dans le département trois races bien distinctes de chevaux : la médoquine, la landaise et une race qui tient beaucoup de la navarrine et qui est dans l’Entre-Deux-Mers. On élève aussi des chevaux de race anglaise pour faire des coureurs. Le département tire ses chevaux de trait du Médoc, de la Bretagne et du Poitou ; ceux de selle du Morvand, d’Alençon, du Limousin et de la Navarre.
Le nombre des vaches laitières est très considérable dans le département, on en trouve au moins 4.000 aux environs de Bordeaux, dans un rayon de 2 lieues. Dans les Landes on ne les élève que pour le fumier et on vend très jeune les veaux dans le Bas-Médoc.
L’industrie est arriérée dans le département de Gironde qui est plutôt commerçant et agricole qu’industriel.
Cependant l’abondance du bois et des mines de fer sur les rives gauches de la Garonne font qu’il existe 10 forges ou Hauts Fourneaux. Il existe aussi à Bordeaux deux fabriques de plomb de chasse.
La principale fabrique de poterie du département est elle de M. Johnston à Bacalan à Bordeaux, où l’on fabrique de la poterie fine, elle se compose de 10 fours et d’un laboratoire de chimie et d’une machine à vapeur de la force de 28 chevaux. Elle tire en grande partie du département la terre qu’elle utilise, le kaolin vient des Pyrénées, elle occupe 700 ouvriers.
Il y a une « faïencerie » à Bordeaux et une à Sadirac (1), elle occupe 83 ouvriers potiers et 300 manœuvres. Il y a 7 verreries dans le département, 4 à Bordeaux 1 à Bardanac , dans la banlieue, 1 à Biganos, et la dernière à Vendays.On compte 35 raffineries à Bordeaux.
La fabrication de produits résineux occupe 66 ouvriers dans les Landes. Il existe à Bordeaux 6 moulins à vapeur et un moulin à huile de colza à Bazas ; on compte en outre 1.624 moulins dans le département dont les deux tiers sont des moulins à vent. Les principaux moulins à eau sont dans les arrondissements de Bordeaux et de Libourne.
Il existe dans le département une poudrerie à Saint Médard et une raffinerie à Lormont, un magasin à Bordeaux et un entrepôt à Lormont. La poudrerie de St Médard emploie 17 ouvriers pour la poudre et 24 charpentiers, menuisiers, tonneliers ou autres chevriers.
Il part tous les jours de Bordeaux pour Paris une malle poste et 4 grandes diligences ; d’autres partent pour Angoulème, Nantes, Perigueux, Toulouse, Bayonne, Pau, Tarbes, Limoges et Lyon.
En 1843, le nombre de bateaux à vapeur de Bordeaux faisant le service sur la Garonne et sur la Gironde était de 33, 11 pour le bas de la rivière et 22 vers Agen.
Le département de la Gironde est l’un des départements maritimes dont le commerce est le plus considérable, il fait la principale richesse du département.
Le département exporte en Martinique, à la Guadeloupe, à l’île Bourbon, aux Etats-Unis, dans l’Amérique Espagnole, dans les Mers du Sud, dans les Indes Orientales, en Angleterre et pour le nord de l’Europe des provisions très diverses.
Bordeaux importe du sucre, du café, du cacao, du poivre, du piment, de la cannelle, des clous de girofle, de la vanille, de l’indigo, des bois exotiques, de la cochenille, du thé, du riz, de la cire blanche et jaune, de l’ivoire, des nacres, des perles, du coton, de la soie, de la laine de cachemire, de la laine du Pérou, des peaux, de l’étain, du plomb, du fer blanc et encore beaucoup d’autres d’autres produits. »
Si la géographie physique organise la Gironde comme un département multiple et très peuplé au XIXe siècle, près de 90 habitants au km2 ; l’histoire accentue cette diversité, créant une hétérogénéité « politique » de la région.
Les luttes seigneuriales du XIIIe siècle ont parsemé l’Aquitaine de villes neuves (Bastide) qui pouvaient être proches physiquement tout en ne dépendant pas du même souverain (roi de France ou d’Angleterre) et même en se combattant. Par la suite, les guerres de religion ont touché et divisé cette région où vivaient de nombreux protestants.
Donc il n’y a pas une Aquitaine, et au-delà il n’y a pas une Gironde mais des Gironde, Bordeaux ayant toujours été le lieu de rencontre et d’échanges, le pôle d’attraction des campagnes environnantes et des riverains de la Garonne, le débouché commercial et l’interface avec l’étranger.



 
   
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