Rentrée
scolaire
Rentrée scolaire au Haillan
au XIX ème siècle.
Elle est déjà
de retour cette rentrée scolaire et cela ne nous rajeunit guère.
En cette année 2005, 331 enfants sont accueillis dans les écoles
maternelles et 497 dans les écoles primaires pour une population
d’environ 8100 habitants.
En 1887 pour une population de près de 1100, l’école
maternelle, ou asile des « touts-petits » recevait une
cinquantaine d’enfants, ce qui par une règle de trois
correspondrait à 363 de nos jours, marquant par là un
équilibre constant. Suivant le même raisonnement, en
1882 lors de l’inauguration de la nouvelle école des
garçons, les 60 élèves présents (pour
un seul maître dans une classe unique) et environ 40 filles
ce qui équivaudrait à 727 sujets actuels; pour 602 réels.
Ces chiffres dénotent une forte majorité d’enfants
à cette époque. Ils sont cependant en dessous de la
vérité, car bien qu’obligatoire, laïque et
gratuite, de nombreux enfants ne fréquentaient pas l’école.
Les fillettes étaient souvent chargées des travaux ménagers,
voire de la charge des frères et sœurs plus jeunes, et
les garçons employés au gardiennage des troupeaux. Cette
situation était le résultat des conditions de vie et
des mentalités de l’époque. Revenons un peu plus
d’un siècle en arrière.
Si ce « sacré Charlemagne » créa l’école
au VIIIème siècle, il a fallu attendre 1882 pour que
Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, fasse voter
la loi prescrivant la gratuité, l’obligation et la laïcité
de l’instruction primaire.
Entre temps l’enseignement revenait à des maîtres
d’école (ou régents) qui, pour professer en «
libéral », devaient toutefois recevoir « l’institution
» de Monseigneur l’Evêque. Pour s’attacher
leurs services, les communes versaient une certaine somme payée
trimestriellement, et assuraient logement et chauffage.
Les élèves, de leur côté, étaient
soumis à des tarifs proportionnels à la qualité
de l’enseignement reçu. Les plus pauvres ne pouvaient
dépasser l’acquisition de la lecture, l’écriture
et le calcul coûtaient plus cher. Seuls les plus aisés
acquéraient une « bonne instruction ». Cependant,
peu d’enfants recevaient une alphabétisation correcte.
Couramment, ils étaient employés, dès leur plus
jeune âge, à la garde des bestiaux ou autres travaux
pour les garçons , aux tâches ménagères
pour les petites filles qui remplaçaient à la maison
les mères parties travailler aux champs. Le plus souvent, il
s’agissait pour elles de la garde d’enfants en bas âge
et de la préparation des repas.
De plus, les mentalités n’apportaient guère d’encouragement
à l’instruction. Dans les campagnes, au XVIIIème
siècle, il était courant d’entendre que l’apprentissage
à la lecture en faisaient « des fainéants, sergents
chicaneurs et des sangsues du peuple ».
En 1833, on déclarait aussi en Médoc, que « la
région avait besoin de vignerons et non de lecteurs. Un paysan
qui sait lire devient un cultivateur indocile, fainéant et
raisonneur ».
En 1853, il existait au Haillan une école de garçons
dirigée par Monsieur BOUCHET, située au bourg. A cette
même époque, Eysines, dont dépendait le Haillan
possédait une école de garçons et une école
de filles, située à Lescombes.
Les filles du Haillan ne fréquentaient guère cette école,
éloignée (plus de 3 km) et peu accessible, surtout en
hiver. Une demande d’ouverture d’une école de filles
au Haillan, fut refusée par la Mairie d’Eysines.
Ce fut d’ailleurs une des causes de la scission du Haillan et
d’Eysines.
En 1864, Monsieur de LOS HEROS, créa la première école
de filles au Haillan en faisant édifier les bâtiments
et en confiant la gestion et l’instruction « aux sœurs
de l’Immaculée Conception dans le but de faire de ces
enfants, en même temps que de bonnes ménagères,
des mères de famille dévouées et chrétiennes
».
Sur un terrain lui appartenant, à côté de l’église,
il avait fait bâtir deux salles de classe, spacieuses et bien
aérées. Un logement pour « les religieuses-institutrices
» occupait le 1er étage.
L’école des garçons attirera d’ailleurs
à la municipalité beaucoup plus de problèmes
que cette école de filles flambant neuf. Dans la classe unique,
Monsieur BOUCHET, l’instituteur, recevait 26 élèves
en 1861 et 56 en 1869 et pour « palier » à ces
inconvénients la mairie porte son traitement à 117 francs
(en 1871).
L’enseignement n’étant pas encore gratuit, il était
établi par le maire et le curé une liste d’enfants
nécessiteux bénéficiant d’une aide municipale,
leur permettant d’apprendre à lire et à écrire
sans bourse délier. En 1867, 6 à 7 garçons et
autant de filles profitaient de ces « largesses ».
Ce chiffre atteignait rapidement 14 élèves dans chacune
des 2 écoles. A noter qu’en 1879, le curé avait
refusé de signer la liste établie par le Conseil Municipal
estimant que le nombre d’élèves d’une même
classe serait trop élevé et rendrait la position de
l’institutrice difficile. En vérité, tout cela
n’était qu’une partie des différends entre
la paroisse et la municipalité.
Pour remédier à ces problèmes de scolarisation,
les autorités, par l’intermédiaire du Préfet
de la Gironde, préconisèrent la mise en place de commissions
municipales.
Le Conseil Municipal du 14 mai 1882 rappelle la loi du 28 mars 1882
qui, dans son article 5, stipule : « La commission municipale
scolaire est instituée dans chaque commune pour surveiller
et encourager la fréquentation des écoles ».
Messieurs ANTOUNE Félix, BIOT Emile, LALOUBEYRE Célestin
et BAQUEY Germain sont élus à l’unanimité
pour la constitution de cette commission.
En 1885, après les élections municipales de 1884, la
commission est renouvelée. Sont élus : BAQUEY Germain,
VIDEAU Emile, BOIREAU Jean et PARGADE Jean-Aimé, toujours pour
« surveiller et encourager la fréquentation des écoles
».
Poursuivant son effort en faveur de l’école laïque,
gratuite et obligatoire, le Préfet instaure la création
de la Caisse des Ecoles. Le Conseil Municipal du 22 décembre
1895 confie cette tâche à la commission scolaire.
Les travaux de cette commission ne devaient pas être très
efficaces, car, en 1901, les autorités préfectorales
reviennent à la charge, avec une circulaire spécifiant
que la dite « Commission devait assurer la fréquentation
scolaire, la contrôler et appliquer aux contrevenants les pénalités
pour inexécution de la loi du 28 mars 1882 sur l’obligation.
Composition de cette nouvelle commission ; Président, M le
Maire, un délégué cantonal, l’Inspecteur
d’Académie de la circonscription et des membres désignés
par le Conseil Municipal égal au plus au 1/3 des membres du
C.M. ».
Pour le Haillan sont élus : Messieurs PLACIER Jules propriétaire,
CURSOL Fernand architecte, MUREAU Camille débitant de tabac
et PREUILLA propriétaire.
Pour le Haillan sont élus : Messieurs PLACIER Jules propriétaire,
CURSOL Fernand architecte, MUREAU Camille débitant de tabac
et PREILLA propriétaire.
Cette commission ne semble pas avoir une efficacité supérieures
à la précédente. Il y a une très bonne
raison à cela. La majorité des composants et des membres
du Conseil Municipal sont des « notables » ou tout au
moins des propriétaires terriens. Obliger les enfants non scolarisés
à fréquenter l’école équivaudrait
à forcer la mère de famille à rester à
la maison, privant ainsi le foyer de revenus et se privant eux-mêmes
d’une main d’œuvre meilleur marché que celle
des hommes.
A cette occasion, voici le texte intégral du débat du
Conseil Municipal du 11 mai 1902 :
Création et fonctionnement de la Caisse des Ecoles
Monsieur le Maire donne lecture au Conseil d’une lettre circulaire
de M. le Préfet de la Gironde relative à l’organisation
de la Caisse des Ecoles, et de laquelle il résulte principalement
qu’il ne suffit pas que le Conseil municipal du Haillan ait,
par délibération en date du 22 décembre 1895,
décidé la création d’une caisse des écoles
dans la commune et qu’il ait par la suite, inscrit au budget
communal, un crédit de 100 francs au profit de la dite Caisse,
le législateur a entendu associer intimement les Conseillers
municipaux à la propriété de l’école
par l’action personnelle qu’ils doivent exercer comme
membres de la Caisse des écoles, en contribuant à créer
les œuvres utiles, cantines scolaires, patronages scolaires,
mutualité, etc… Par conséquent le Conseil est
invité à délibérer sur la création
définitive de la Caisse des écoles dans la commune et
sur les dispositions à prendre pour en assurer le fonctionnement
au mieux des intérêts scolaires.
Ouï cet exposé du Maire et parés mûre délibération,
le Conseil émet l’avis que la constitution d’un
Comité chargé de l’organisation définitive
et du fonctionnement de la Caisse des écoles est à peu
près inutile dans la commune du Haillan pour les raisons suivantes
:
1°) au Haillan le travail ne manque jamais et les paresseux y
sont rares, en sorte que tout le monde gagne largement sa vie et qu’il
n’y a pas d’indigents
2°) à de rares exceptions près, les enfants d’âge
scolaire fréquentent tous les écoles communales, et
comme ils habitent dans le voisinage des écoles, ils vont tous
dîner chez eux
3°) dans le cas où l’on parviendrait à organiser
des cantines scolaires dans les écoles de la commune; il est
probable que les parents des élèves, obéissant
en cela à un amour-propre peut-être exagéré,
ne voudraient pas en faire profiter leurs enfants » . (sic).
L’histoire ne nous dira pas si cette réponse a réussi
à convaincre les autorités supérieures, mais
l’on ne trouve plus trace de conflit dans les réunions
des Conseils municipaux suivants. Localement il faut relever dans
la séance du 21 août 1904 l’anecdote suivante :
un conseiller ayant observé que des enfants ne rentrant pas
chez eux à midi, prenaient leur déjeuner assis par terre
dans la cour de récréation et « …. demande
qu’il soit établi des bancs sous le préau de l’école
pour permettre aux enfants de s’asseoir, et une table démontable
pour qu’ils puissent y prendre leur repas.
L’utilité de cette installation est contestée
par la majorité des membres présents qui y voit une
source d’accidents et beaucoup de dépense ».
Comme l’on peut s’en rendre compte, il y avait une énorme
distance entre les bonnes intentions des autorités préfectorales
et l’application sur le terrain.
Créées en 1931 les fêtes scolaires approvisionnèrent
des « œuvres scolaires », mais en 1935 la Caisse
des Ecoles était toujours à l’étude. La
cantine scolaire ne vit le jour qu’en 1953, avec un appel pressant
auprès des producteurs locaux.
Conclusion de Pierre Dalbarade auteur d’une étude d’où
est tiré cet article :
Comme quoi, tout vient à
point à qui sait attendre.