COMPAGNONS ET GENEALOGIE



Que vous ayez perdu la trace d'un ancêtre, que vous le retrouviez marié à plusieurs centaines de kilomètres de son lieu de naissance, que vous ayez découvert au hasard d'un acte qu'il était "Maître" charpentier, maçon, serrurier ou autre profession...
Votre ancêtre a peut-être été l'un de ces fabuleux itinérants qu'étaient les compagnons, qu'ils fussent Gavots ou Dévoirants.


1) Notion de Maître et de Compagnon
Nous sommes plusieurs à avoir trouvé un jour, sur un acte de mariage ou de décès, un ancêtre qui est dit "Maître" (Maître charpentier, Maître maçon...), "Compagnon" ou encore "Maître Compagnon".
Tout d'abord il faut savoir qu'aucune de ces mentions n'implique expressément que l'ancêtre en question ait été Compagnon "du tour de France".
En effet, un maître peut désigner, en dehors des appellations courantes, aussi bien un simple patron qui a des ouvriers ou des domestiques que quelqu'un qui a acquit une grande connaissance de son métier ou encore quelqu'un qui enseigne et transmet son savoir sans pour autant avoir accompli un quelconque tour de France ni avoir fait partie des compagnons du Devoir ou du Devoir de Liberté.
Par ailleurs un petit rappel historique s'impose à propos des corporations de métier qui ont perduré jusqu'en 1791 où les lois ALLARDE et LE CHAPELIER ont signé leur abolition.
Ces corporations étaient très hiérarchisées en Apprentis, Compagnons et Maîtres. L'apprentissage était obligatoire et sa durée variait selon les époques.
Selon les corporations et une fois son apprentissage terminé, le jeune apprenti passait en principe à l'état de "compagnon".
Est-ce à dire qu'il partait obligatoirement sur les routes perfectionner son savoir ? Non. Dans certaines corporations, il suffisait de passer quelques épreuves (réalisation d'un chef d'oeuvre le plus souvent) puis de prêter serment pour avoir le qualificatif de "compagnon".
Pour passer ensuite maître, toujours selon les corporations, il suffisait à certains d'accomplir une sorte de période probatoire (5 ans en moyenne) où l'on était qualifié de "novice" puis d'"acheter le métier" avant d'être intronisé Maître. Dans d'autres corps de métiers encore il suffisait d'être le fils du Maître, ou son gendre, ou encore d'épouser sa veuve pour prendre le titre. Ceci a pu mener à quelques abus de part et d'autre, parfois avec la complicité des autorités royales qui distribuaient à qui mieux mieux des lettres de maîtrise, notamment au XVIIIe siècle...
En effet, du côté des maîtres nous avons une transmission par voie héréditaire qui se fait grandissante et surtout le pouvoir d'achat des droits d'accession à la maîtrise (d'où hérédité encore puisque par définition un fils de patron était certainement plus nanti qu'un simple ouvrier).
Par ailleurs, la maîtrise étant accordée généralement par les maîtres (présentation du chef d'oeuvre) ceux-ci ne se gênaient pas pour mettre en avant les membres de leur famille et ainsi maintenir une tradition d'entreprise "familiale".
Du côté des employés, nous avons des ouvriers qui, ayant de plus en plus de mal à accéder à la maîtrise, finissent par se séparer de leurs maîtres pour se former en compagnonnages au sens où nous l'entendons.
L'abus de certains d'entre eux a été, pour ceux qui le pouvaient, d'acheter directement leur maîtrise sans passer par la case "compagnon" tout comme ce fut le cas dans les familles de certains maîtres.
En effet, si les autorités avaient une fâcheuse tendance à distribuer à tout va des lettres de maîtrises, les communautés ne pouvaient pas nommer de nouveaux maîtres avant que les bénéficiaires des lettres ne soient servis.
Il existait donc des maîtres et compagnons qui n'en avaient finalement que le nom. Tel fut le cas par exemple pour François CANOT* (1721-1786) qui fut déchu de la maîtrise des menuisiers à Lyon pour avoir versé 262 livres (soit environ 12.195 Euros (80.000 Francs) afin d'obtenir illégalement la maîtrise et se dispenser ainsi de l'apprentissage. Il prétendit cependant avoir fait son "chef d'oeuvre" et fit parait-il appel, toujours est-il qu'il lui fut interdit de se faire appeler "maître" et qu'il dut retirer cette mention de ses publicités.
On peut donc avoir autant affaire, parmi nos ancêtres, à quelqu'un qui a accédé à la maîtrise suite à un compagnonnage (donc un compagnon) qu'à quelqu'un qui s'est attribué ce titre pour "faire bien" ou maintenir la tradition familiale. Une sorte de publicité mensongère de l'époque.
Ainsi la mention de "maître" ou de "compagnon" sur l'acte de votre ancêtre n'est pas gage de son tour de France en tant que Compagnon du Devoir ou Compagnon du Devoir de Liberté.
Enfin, la notion de "Maître Compagnon" que l'on trouve également dans certains actes est trompeuse. En aucun cas elle n'atteste du compagnonnage de l'individu concerné, et pourtant, les deux mots de "maître" et de "compagnon" accolés pourraient facilement nous en convaincre.
Si l'on en croit le Littré 1872 le Maître Compagnon est "celui qui conduit l'atelier pour le maître maçon et qui le remplace" mais dans le Dictionnaire Universel Portatif de la Langue Française (1813) "Maitre-compagnon" est un terme maçonnique qui désigne un "Homme de confiance et instruit dans la maçonnerie, qui agit, pour les intérêts du Maitre-maçon lorsque celui-ci est absent".
Ce terme désignerait donc plus aisément un ancêtre franc-maçon qu'un ancêtre compagnon.
Il est vrai que l'on peut facilement s'y tromper puisque depuis toujours, compagnonnage et franc-maçonnerie ont été étroitement liés dans l'esprit des gens, ne serait-ce que par leurs signes de reconnaissance communs (temple de Salomon, compas...), preuve en sont les trois petits points que l'on retrouve parfois dans les actes de nos ancêtres, marque maçonnique mais également, peu le savent, compagnonnique.
Le seul moyen de rétablir la vérité à propos de votre ancêtre, pour peu qu'il soit fait mention de l'un ou l'autre de ces trois états, est donc de mener l'enquête !
S'il y a peu de chance que vous tiriez des informations à partir de son état de compagnon, vous pouvez trouver des informations sur l'apprentissage ou la maîtrise de votre ancêtre...

En effet, la période d'apprentissage faisait souvent l'objet d'un contrat devant notaire entre le père du jeune apprenti et le maître. Par ailleurs, chaque apprenti est répertorié dans les registres de la corporation pour faire preuve du bon déroulement de l'apprentissage et donc mention indispensable pour l'accès à la maîtrise.
Les compagnons, du moins est-ce le cas pour les orfèvres, ne sont pas signalés dans les livres des corporations contrairement aux apprentis et aux maîtres.
Ainsi vous avez plus de chance de trouver des informations sur l'apprentissage de votre ancêtre (archives notariales, registres de corporations) ou sur sa maîtrise (mêmes documents, plus archives d'entreprises et/ou archives personnelles et familiales lorsqu'il s'est établi à son compte).

Pistes à suivre :
- Actes notariés : contrats d'apprentissage, accords entre patrons et compagnons, contrats d'association, baux de boutiques ou de locaux industriels, contrats de marchés (pour travaux par exemple)...
- Archives départementales : Série E
- Archives nationales : Fonds du minutier central des notaires parisiens - Fichier "Artisans" relatif aux métiers d'art et du bâtiment sous l'Ancien Régime : salle des inventaires, bloc A 9.
- Archives de corporations : statuts et comptes rendus de délibérations, listes de membres, rôles de taxes ou d'amendes, lettres de réception à la maîtrise...
- Archives Nationales : Série T : quelques papiers de confréries et corporations parisiennes.
- Archives départementales : Série E
- Archives communales : Série HH (activités professionnelles de la commune, papiers de corporations, composition du personnel des entreprises, liste nominative des artisans et commerçants, correspondances administratives...).
- Archives d'entreprises et d'associations :
- Archives Nationales : Série AQ
- Archives départementales : Série J et éventuellement Série F
- Archives personnelles et familiales :
- Archives Nationales : Série T
- Archives départementales : Série E (voir aussi séries J et F)
- Archives communales : Série II
- Enregistrements et insinuations : actes concernant les tribunaux (testaments, donnations, lettres de provisions d'office, contrats, lettres de maîtrise, registres de délivrance de maîtrise...)
- Police des métiers : jugements et procédures concernant les contestations entre artisans, commerçants... délits, contraventions aux réglements, affaires frauduleuses...
- Archives départementales : Série AB
- Archives communales : Série FF

Nous espérons ainsi, grâce à ces informations que nous devons à Nathalie HAMES (http://genhames.free.fr/genecomp.htm ),aider nos adhérents généalogistes dans leurs recherches de leurs ancêtres compagnons.
Une adresses à visiter :LE MUSEE DU COMPAGNONNAGE 8, rue Nationale TOURS 37000
Tél. : (33) 2 47 61 07 93 Fax : (33) 2 47 21 68 90

 

 
   
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