RECARDEYRES AU CARNAVAL DU HAILLAN


Au début du XXe siècle, avant et après la guerre de 1914-1918, parmi toutes les manifestations festives existantes au HAILLAN, le Carnaval est celle où les haillannais donnaient libre cours à leur joie de vivre et d’exister en se déguisant.
Outre les chars, ou plutôt les charrettes décorées avec des fleurs et des guirlandes fabriquées par les habitants, les RECARDEYRES avaient une place spéciale et bien précise dans le cortège.
Nos Anciens en parlent avec émotion, car elles font ressurgir tous les souvenirs de leur jeunesse.
Avec leurs perruques, leurs coiffes, leurs châles à carreaux, leurs jupes à mi-mollet, leurs tabliers, leurs sabots en bois et leurs corbeilles, elles disaient la " Bonne Aventure " aux spectateurs venus admirer le défilé du Carnaval.


Elles possédaient un véritable et extraordinaire répertoire pour envoûter les " bonnes gens". Leur boniment était déversé sur les badauds avec facilité et conviction. Pour ces interventions, elles suivaient les règles définies à l’avance de leur discours. Puis, en fonction des réponses des " victimes ", le dialogue évoluait dans un sens ou dans un autre.
En même temps, elles amadouaient adroitement les spectateurs et tendaient leurs corbeilles pour obtenir des récompenses en espèces sonnantes et trébuchantes. Plus les sommes obtenues étaient importantes, plus leurs prédictions étaient favorables aux
" victimes ".
Certaines RECARDEYRES étaient plus expertes que d’autres dans leurs interventions orales, car elles ne disaient pas n’importe quoi.
Normalement, ces sommes d’argent récoltées étaient redonnées à la Société organisatrice du Carnaval, mais certaines RECARDEYRES étaient connues pour en garder un peu, pour elles………………... Il fallait bien vivre……………….
Très bien déguisées les RECARDEYRES avaient une place d’honneur dans le défilé.
désignaient les marchandes de poisson des Halles des Capucins de Bordeaux.
On les appelait aussi les RÉGRATTIÈRES.

Deux auteurs les ont fait vivre dans des farces semblables à celles du Moyen-Age :

Mesté VERDIER (1780-1820), dans le " dialogue des Halles, en patois bordelais", en 1819, avec deux personnages : la Cadichonne(*) et Mayan, "fortes en gueule", du Carreau des poissonniers, qui mêlaient vulgarité et finesse.
Ulysse DESPAUX ( 1844-1925 ),comédien qui, après les cabarets parisiens, revint à Bordeaux, présenter des sketches strictement bordelais. On reconnut sa célébrité en donnant son nom à une rue de Bordeaux.
Ces deux auteurs recherchaient essentiellement l’animation populaire qui régnait dans ce quartier bâti autour de la basilique Saint–Michel et considéré comme un des plus colorés de la ville.
Les gabarres à fond plat chargées de cargaisons de bois du Quercy, du Rouergue ou de Gascogne, jetaient l’ancre au bas de Saint-Michel, débarquaient du bois qui alimentait les ateliers des charpentiers de la rue Carpenteyre, des tonneliers de la rue de la Fusterie.
Le fer était travaillé par les forgerons et les armuriers de la rue des Faures. Le sel, entreposé quai des Salinières, servait aux sècheries de poissons et de viandes établies rue de la Rousselle.
Artisans, matelots de tous pays, portefaix, badauds, bourgeois se côtoyaient, se disputaient ; les regrattières, marchandes des quatre saisons, vous interpellaient au passage dans leur langue pleine de saveur mais redoutable.
On chantait, on jouait aux cartes, on buvait dans les nombreux cabarets qui "servaient à pot et à pinte".



 
   
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